En français, le mot « canard » désigne d’abord un oiseau aquatique bien connu. Pourtant, dans la langue courante, il peut également être employé pour parler d’un journal. On entend parfois des phrases comme : « J’ai lu ça dans un canard ce matin » ou encore « Il travaille pour un canard local depuis dix ans. » Mais d’où vient cette curieuse association entre un animal et la presse écrite ?
L’origine de cet usage remonte au XVIIᵉ siècle. À cette époque, le mot canard ne désignait pas encore un journal au sens moderne, mais plutôt une fausse nouvelle ou un récit exagéré destiné à surprendre le public. Ces histoires sensationnelles étaient souvent imprimées sur des feuilles volantes vendues dans les rues. Elles racontaient des événements extraordinaires, parfois totalement inventés : crimes mystérieux, apparitions, catastrophes ou faits divers spectaculaires.
Selon plusieurs linguistes, cette signification viendrait de l’expression « vendre un canard à moitié », qui signifiait tromper quelqu’un ou lui raconter une histoire mensongère. Peu à peu, le mot canard a donc été associé à des informations peu fiables, voire à des nouvelles fabriquées de toutes pièces.
Au XIXᵉ siècle, avec le développement massif de la presse, le sens du mot a évolué. Il a commencé à être utilisé de manière familière pour désigner n’importe quel journal. Cette évolution est restée dans la langue courante, parfois avec une nuance ironique ou populaire. Aujourd’hui encore, on parle de canard pour évoquer un journal, notamment dans un registre informel.
L’exemple le plus célèbre est sans doute Le Canard enchaîné, un hebdomadaire français satirique, fondé en 1915, connu pour ses enquêtes et son ton critique. Son nom joue justement sur ce double sens du mot canard.
L’histoire du mot canard montre une fois de plus que les mots suivent parfois des chemins inattendus : d’un oiseau à une fausse nouvelle, puis d’une fausse nouvelle à un journal – un parcours linguistique aussi surprenant qu’amusant.