Après deux années marquées par le silence et la retenue, la municipalité de Bethléem a annoncé que les animations et traditions populaires liées aux fêtes de Noël seraient rétablies cette année.
Profitant d’un cessez-le-feu à Gaza, le maire de Bethléem, Maher Canawati, a annoncé que la cérémonie d’illumination du grand sapin se tiendrait le 6 décembre. Dans un message vidéo diffusé en anglais, il a lancé un appel aux habitants comme aux visiteurs : « Rejoignez-nous pour célébrer l’espoir, prier pour la paix et partager avec le monde le message indestructible de Bethléem : la lumière est plus forte que les ténèbres et l’amour est plus fort que la peur. »
L’an dernier, dans un contexte profondément marqué par les violences déclenchées après le 7 octobre 2023, les Églises de Terre sainte et les autorités locales avaient choisi de suspendre les festivités. Il s’agissait alors d’un geste de solidarité envers toutes les victimes de la guerre, mais cette décision avait parfois été interprétée comme une annulation pure et simple de Noël – un malentendu que le maire regrette encore aujourd’hui. « Dans les moments de douleur et même si Gaza saigne, la lumière ne s’est pas éteinte grâce à l’esprit de Bethléem », affirme aujourd’hui Maher Canawati.
Un regain d’activité espéré
Cette année, la ville souhaite retrouver non seulement l’esprit de fête, mais aussi la dynamique économique que Noël génère habituellement. Outre l’allumage du sapin, un marché de Noël se tiendra du 12 au 14 décembre, suivi d’une « Nuit internationale » le 19 décembre, au cours de laquelle différentes missions diplomatiques présenteront les coutumes de leurs pays. Les traditionnelles parades de scouts, qui traversent la ville en musique, devraient à nouveau avoir lieu les 24 décembre et 6 janvier.
Cependant, Bethléem porte encore les stigmates de deux années d’isolement. La ville – dont l’économie repose sur le tourisme religieux – a été l’une des plus touchées de Cisjordanie. L’arrêt quasi total des pèlerinages, la suspension des permis de travail en Israël et la crise financière de l’Autorité palestinienne ont entraîné un taux de chômage estimé par la municipalité locale à 60 %. Sur les 80 hôtels que compte Bethléem, beaucoup restent vides, et douze chantiers hôteliers ont été interrompus faute de moyens. On estime que leur fermeture représente une perte de 2,5 millions de dollars par jour, soit près de 2 milliards de dollars au cours des deux dernières années.
Quelques groupes et visiteurs individuels se sont déjà annoncés pour Noël, mais les hôtels de Bethléem, Beit Sahour et Beit Jala, où se trouvent des sanctuaires chrétiens, resteront encore majoritairement vides.
La crise humanitaire demeure grave dans la bande de Gaza. Le ministère de la Santé de la bande de Gaza a annoncé, samedi 29 novembre, que plus de 70 100 personnes avaient été tuées dans le territoire palestinien depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque sans précédent du Hamas en Israël le 7 octobre 2023.
Une ville porteuse d’un héritage universel
Au-delà de ses difficultés économiques, Bethléem demeure un lieu dont la portée symbolique dépasse largement les frontières de la région. La basilique de la Nativité, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, continue d’attirer – même en temps de crise – des visiteurs en quête de spiritualité. La messe de minuit de Bethléem a lieu dans l’église Sainte-Catherine, attenante à la basilique de la Nativité. Les autorités locales espèrent que la reprise des festivités permettra de relancer progressivement le tourisme, déjà encouragé par les premières réservations de quelques groupes de pèlerins.
Malgré les incertitudes qui persistent, la ville veut envoyer un message clair : la paix et la vie communautaire demeurent au cœur de son identité, et Noël représente une occasion unique de les célébrer.