Évidemment est une chanson emblématique interprétée par France Gall, sortie en 1987 sur l’album Babacar. Écrite et composée par Michel Berger, cette ballade poignante occupe une place très particulière dans le cœur des amateurs de chanson française. Derrière sa mélodie douce et mélancolique se cache une douleur réelle et profonde : celle du deuil et du manque.
La chanson a été écrite en hommage à Daniel Balavoine, un ami proche de France Gall et Michel Berger, tragiquement disparu dans un accident d’hélicoptère lors de l’édition 1986 du rallye Paris-Dakar au Mali. Après le décès de Balavoine, les deux artistes ont souhaité lui rendre hommage, à l’homme qu’il était, à travers leurs mots et leur musique.
Les paroles, empreintes de délicatesse, évoquent la présence persistante de l’absent – celui qui manque « évidemment », sans qu’il soit besoin d’en dire davantage. Le mot « évidemment » revient comme un refrain du silence, soulignant le vide laissé par l’être aimé.
« À quoi ça sert de courir partout ? » Ce vers, récurrent dans la chanson, a une portée symbolique et existentielle forte. Il exprime une forme de désillusion face à l’agitation du quotidien. Après la perte d’un être cher, les gestes ordinaires – courir, s’agiter, continuer la vie comme avant – semblent soudain privés de sens. La question est rhétorique : ce n’est pas qu’il faille vraiment y répondre, mais elle marque un ralentissement, une pause dans le rythme de la vie, imposée par la douleur du deuil.
Toute la chanson est traversée par des références à l’absence, au silence, au vide. France Gall en parle d’une manière discrète mais bouleversante. Les paroles sont chargées d’émotions subtiles : il n’y a ni désespoir ni cris, mais plutôt de la nostalgie, de la tristesse et un manque silencieux. Le refrain repose sur le mot « évidemment », qui porte en lui une certaine ironie mêlée de résignation – « évidemment qu’il/elle nous manque », « évidemment que la vie est différente ».
Musicalement, « Évidemment » se caractérise par sa sobriété : un piano épuré, quelques touches de synthétiseur et la voix fragile de France Gall, presque murmurée par moments. Cette retenue renforce l’émotion du texte, comme si chaque mot était une tentative d’empêcher les larmes de couler.
La chanson a été reprise par de nombreux artistes, notamment Lara Fabian, Laurence Jalbert, Julie Pietri, Kate Ryan ou encore Jenifer Bartoli. La chanson a su toucher un large public. Beaucoup y voient un reflet universel du deuil, de la nostalgie, de cette douleur discrète mais tenace que provoque l’absence.
Aujourd’hui encore, « Évidemment » reste l’une des chansons les plus marquantes de France Gall. Elle témoigne non seulement de la sensibilité de Michel Berger en tant qu’auteur-compositeur, mais aussi de la capacité de la musique à traduire l’indicible avec pudeur et sincérité.
Les paroles de la chanson
Y’a comme un goût amer en nous
Comme un goût de poussière dans tout
Et la colère qui nous suit partout
Y’a des silences qui disent beaucoup
Plus que tous les mots qu’on avoue
Et toutes ces questions qui ne tiennent pas debout
Évidemment, évidemment
On danse encore sur les accords
Qu’on aimait tant
Évidemment, évidemment
On rit encore pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant
Et ces batailles dont on se fout
C’est comme une fatigue, un dégoût
À quoi ça sert de courir partout ?
On garde cette blessure en nous
Comme une éclaboussure de boue
Qui n’change rien, qui change tout
Évidemment, évidemment
On danse encore sur les accords
Qu’on aimait tant
Évidemment, évidemment
On rit encore pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant
Pas comme avant
Photo : Une des ruelles d’Uzès, France